La rose, la bouteille et la poignée de mains

The rose, the bottle and the handshake

Seulement français Francese e italiano

               1

Cette rose avait glissé de
La gerbe qu'un héros gâteux
Portait au monument aux Morts.
Comme tous les gens levaient leurs
Yeux pour voir hisser les couleurs,
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route et m'en allai quérir
Au p'tit bonheur la chance un corsage à fleurir.
Car c'est une des pir's perversions qui soient
Que de garder une rose par-devers soi.

La première à qui je l'offris
Tourna la tête avec mépris,
La deuxième s'enfuit et court
Encore en criant «Au secours! »
Si la troisième m'a donné
Un coup d'ombrelle sur le nez,
La quatrièm’, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu:
Sans être louche, on ne peut pas
Fleurir de belles inconnu's.
On est tombé bien bas, bien bas…

Et ce pauvre petit bouton
De rose a fleuri le veston
D'un vague chien de commissaire,
Quelle misère!

               2

Cette bouteille était tombé’
De la soutane d'un abbé
Sortant de la messe ivre mort.
Une bouteille de vin fin
Millésimé, béni, divin:
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route en cherchant, plein d'espoir,
Un brave gosier sec pour m'aider à la boire.
Car c'est une des pir's perversions qui soient
Que de garder du vin béni par-devers soi.

Le premier refusa mon verre
En me lorgnant d'un œil sévère,
Le deuxième m'a dit, railleur,
De m'en aller cuver ailleurs.
Si le troisième, sans retard,
Au nez m'a jeté le nectar,
Le quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête, d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Trinquer avec des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas…

Avec la bouteille de vin fin
Millésimé, béni, divin,
Les flics se sont rincé la dalle,
Un vrai scandale!

               3

Cette pauvre poigné’ de main
Gisait, oubliée, en chemin
Par deux amis fâchés à mort.
Quelque peu décontenancé’,
Elle était là, dans le fossé.
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route avec l'intention
De faire circuler la virile effusion.
Car c'est une des pir's perversions qui soient
Qu' de garder une poigné’ de main par-devers soi.

Le premier m'a dit: «Fous le camp !
J'aurais peur de salir mes gants.»
Le deuxième, d'un air dévot,
Me donna cent sous, d'ailleurs faux.
Si le troisième, ours mal léché,
Dans ma main tendue a craché,
Le quatrièm’, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu:
Sans être louche, on ne peut pas
Serrer la main des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas…

Et la pauvre poigné’ de main(s),
Victime d'un sort inhumain,
Alla terminer sa carrière
A la fourrière!


               1

This little rose had slipped out
Of the bunch that a senile hero
Was bringing to the monument to the Fallen.
As everybody had raised their eyes
To watch lifting the flag,
I picked it up with no remorse.

And I returned on my road to go looking
For a chance to adorn with a flower a lady’s dress.
As it is one of the worst perversions
To keep a rose for themselves.

The first to whom I offered it
Turned her head in disdain,
The second one ran away and she’s still
Running crying «Help! »
If the third one hit my nose
With her umbrella,
The fourth one, it was nastier,
Went looking for a cop.

Because, nowadays, it’s disconcerting:
Without being shady, you can’t
Give a flower to a good-looking unknown lady.
We have hit the bottom, the bottom indeed…

And this poor little floret
Of rose garnished the jacket
Of a mad dog sherif,
What a misery!

               2

This bottle had fallen from
The vest of a priest
Leaving the mass drunk as a lord.
A bottle of fine wine
Trademarked, blessed, holy:
I picked it up with no remorse.

And I returned on my road hoping to find
A jolly dry throat to help me drinking it.
As it is one of the worst perversions
To keep a bottle for themselves.

The first one refused my glass
Giving me a severe look,
The second one told me, making fun of me,
To go get sober somewhere else.
If the third one, losing no time,
Threw the nectar at my nose,
The fourth one, it was nastier,
Went looking for a cop.

Because, nowadays, it’s disconcerting:
Without being shady, you can’t
Toast with a stranger.
We have hit the bottom, the bottom indeed…

With the bottle of fine wine
Trademarked, blessed, holy,
The cops flushed their throats,
What a scandal!

               3

This poor handshake
Lay, forgotten, on the road
By two friends who got mad at each other.
Feeling lost and shameful,
It was there, in the ditch.
I picked it up with no remorse.

And I returned on my road with the intention
Of circulating the virile gesture.
As it is one of the worst perversions
To keep a handshake for themselves.

The first one told me : «Get lost !
I don’t want to sully my gloves.»
The second one, with a pious face,
Gave me a buck, eventually forged.
If the third one, a badly-trained bear,
Spat in my stretched-out hand,
The fourth one, it was nastier,
Went looking for a cop.

Because, nowadays, it’s disconcerting:
Without being shady, you can’t
Give a handshake to a stranger.
We have hit the bottom, the bottom indeed…

And the poor handshake,
Victim of an inhuman fate,
Ended up finishing its career
At the pound!


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