Le fidèle absolu

Totally loyal

Seulement français Francese e italiano

Le seul arbre qu’il connaissait
Sous sa fenêtre florissait.
C’était le rustique absolu,
L’homme d’un seul jardin, pas plus.

Et les globe-trotters,
Et les explorateurs,
Coureurs de forêts vierges,
Regardaient, étonnés,
Ce bonhomme enchaîné
À sa tige d’asperge.

Bonhomme sais-tu pas
Qu’il existe là-bas
Des forêts luxuriantes,
Des forêts de Bondy,
Des forêts de Gasti-
ne et de Brocéliande ?

Et l’homme répondit
«Je le sais bien, pardi,
Mais le diable m’emporte
Si je m’en vais chercher
Au diable ce que j’ai
Juste devant ma porte.»

Je n’ai vu qu’un seul arbre, un seul, mais je l’ai vu,
Et je connais par cœur sa ramure touffue,
Et ce tout petit bout de branche me suffit :
Pour connaître une feuille, il faut toute une vie.
Si l’envie vous prenait de vous pendre haut et court,
Soyez gentil, ne vous pendez pas à mon arbre !

Il n’avait jamais voyagé
Plus loin que l’ombre du clocher.
C’était l’autochtone absolu,
L’homme d’un seul pays, pas plus.

Et les globe-trotters,
Et les explorateurs,
Tous les gens du voyage,
Regardaient étonnés
Cet être cantonné
Dans son petit village.

Bonhomme sais-tu pas
Qu’il existe là-bas,
Derrière tes montagnes,
Des pays merveilleux,
Des pays de cocagne

Et l’homme répondit :
«Je le sais bien, pardi,
Mais le diable m’emporte
Si je m’en vais chercher
Au diable ce que j’ai
Juste devant ma porte.»

Je n’ai vu qu’un village, un seul, mais je l’ai vu,
Et ses quatre maisons ont su combler ma vue,
Et ce tout petit bout de monde me suffit:
Pour connaître une rue, il faut toute une vie.
Si l’envie vous prenait de tirer le canon,
Soyez gentil, ne tirez pas sur mon village.

Il n’avait jamais embrassé
Personne que sa fiancée.
C’était le fidèle absolu,
L’homme d’un seul amour, pas plus.

Et les globe-trotters,
Et les explorateurs,
Friands de bagatelle,
Regardaient étonnés
Ce bonhomme enchaîné
À son bout de dentelle.

Bonhomme sais-tu pas
Qu’il existe là-bas
Des beautés par séquelles,
Et qu’on peut sans ennui
Connaître mille nuits
De noces avec elles ?

Et l’homme répondit :
«Je le sais bien, pardi,
Mais le diable m’emporte
Si je m’en vais chercher
Loin d’ici ce que j’ai
Juste devant ma porte.»

Je n’ai vu qu’un amour, un seul, mais je l’ai vu,
Et ce grain de beauté a su combler ma vue,
Et ce tout petit bout de Vénus me suffit :
Pour connaître une femme, il faut toute une vie.
Si l’envie vous prenait de courir les jupons,
Soyez gentil, ne courez pas après ma belle.


The only tree he knew
Blossomed under his window.
He was a totally rustic guy,
A man with only one orchard, no more.

And the globetrotters,
And the explorers,
Wanderers of vergin forests,
Watched, stunned,
This good fellow chained
To his plant of asparagus.

Good fellow don’t you know
That there exist out there
Lush forests,
The forests of Bondy,
The forests of Gastine
And of Brocéliande ?

And the man replied
«I know it well, goddamn,
But may the devil take me away
If I am going to hell to look for
Something that I have got
Just in front of my door.»

I haven’t seen but one tree, only one, but I saw it,
And I know by heart its dense branches,
And this little piece of branch it’s enough for me:
To know a leaf, you need a whole life.
If you feel like to hang yourselves well high,
Be kind, don’t hang yourselves at my tree!

He had never travelled
Farther than the bell tower’s shade.
He was a totally autochthonous guy,
A man with only one country, no more.

And the globetrotters,
And the explorers,
all the travelers,
Watched, stunned,
This good fellow cornered
In his little village.

Good fellow don’t you know
That there exist out there,
Behind your mountains,
Some fantastic countries,
Some lands of plenty?

And the man replied:
«I know it well, goddamn,
But may the devil take me away
If I am going to hell to look for
Something that I have got
Just in front of my door.»

I haven’t seen but one village, only one, but I saw it,
And its four houses satisfied my view,
And this little piece of world it’s enough for me:
To know a street, you need a whole life.
If you feel like to shoot a cannon,
Be kind, don’t shoot at my village!

He had never embraced anyone
But his girlfriend.
He was a totally loyal guy,
A man with only one love, no more.

And the globetrotters,
And the explorers,
Lover of flirts,
Watched, stunned,
This good fellow chained
To his piece of lace.

Good fellow don’t you know
That there exist out there,
Some beauties, plenty of them,
And that you can with no efforts,
Spend thousand
nuptial nights with them ?

And the man replied:
«I know it well, goddamn,
But may the devil take me away
If I am going far from here to look for
Something that I have got
Just in front of my door.»

I haven’t seen but one love, only one, but I saw it,
And this grain of beauty satisfied my view,
And this little piece of Venus it’s enough for me:
To know a woman, you need a whole life.
If you feel like to run after some woman,
Be kind, don’t run after my beauty!


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